Musashi

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mardi 21 juillet 2015

Des dirigeants dévoyés



DSK est devenu le symbole de la dépravation de nos élites. Un peu facile cependant. On a fait de lui une espèce de bête du Gévaudan, c’est pourquoi sa traque ressemble à celle que mènent des villageois armés de fourches et de flambeaux allant mettre la bête à mort pour expurger leurs propres turpitudes. J’ai toujours été mal à l’aise avec ce type de chasse à l’homme, où l’imagerie du mal est beaucoup trop marquée pour être vraie.

Les véritables monstres prennent surtout la peine de ne pas en avoir l’apparence. Ils se font une profession de rajouter l’hypocrisie à l’ignominie. Ils sont assez habiles pour préserver toutes les formes légales et maîtrisent très bien toutes celles de la politesse feutrée. Le diable, c’est bien connu, s’habille en Prada, en Hugo Boss et en Ralph Lauren.

Les élites dépravées n’ont pas l’air d’un ogre atteint de priapisme aigu. Elle se donnent un air respectable, policé et raisonnable. Ce sont celles qui nous convainquent que leurs cumuls, leurs titres votés légalement mais de façon inique, leurs cooptations, sont choses naturelles, rationnelles et bonnes pour la collectivité.

Le diable n’est pas un monstre velu et dévoreur. C’est celui qui, sous un air policé et respectable, vous susurre qu’il n’y a pas d’alternative ni de débat, et qu’il faut vous ranger aux voies de la raison, qui comme par hasard se trouvent être les siennes.

lundi 20 juillet 2015

De l'ouverture aux autres et de ses contrefaçons



Il y a de cela une quarantaine d’années, une expression était souvent employée dans les média, les analyses politiques ou géo-stratégiques : « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». La disparition de cette expression dans le langage commun et dans celui des média est un révélateur de notre époque.

Par un extraordinaire renversement sémantique, toute manifestation d’indépendance, toute individualité, tout caractère saillant, est portraituré comme une fermeture aux autres, un refus du monde aplani et indistinct qui aime à se faire passer pour de l’ouverture.

L’acceptation des différences passe pourtant par leur affirmation forte : ce n’est que lorsque l’on laisse notre identité propre s’affirmer, que l’on peut être charmé par celle des autres. Non en noyant toutes les cultures dans une informe mélasse à laquelle on adjoint une étiquette d’ouverture, qui laisse au passage le libre champ aux féodalités et aux tribalismes les plus arriérés.


Il y a longtemps de cela, l’ouverture aux autres était un appel à l’indépendance d’esprit et à la liberté de ton. Sa version travestie d'aujourd’hui est quant à elle, un appel à la soumission. 

Orwell l’avait prévu : lorsque les mots se mettent à signifier le contraire de leur sens d’origine, cela doit nous faire prendre conscience que nous avons glissé dans le monde de la servitude.

dimanche 19 juillet 2015

De l'austérité


Les tenants des politiques d’austérité sont psychologiquement atteints de dépression. Ils s’enfoncent dans leur spirale de négativité, et y entraînent les autres. Confrontés à une situation de pénurie, ils répondent par une pénurie imposée plus grande encore, comme quelqu’un qui se complaît à broyer du noir. Pourtant la première réaction saine à la pénurie est de se construire et s’ouvrir de nouvelles possibilités : le seul remède à la pénurie, c’est la croissance.

L’austérité est un cercle vicieux évident : face à une pénurie de biens, l’on s’impose une pénurie de moyens, qui engendrera une pénurie de biens plus profonde encore, et ainsi ad infinitum…

Il y a toujours chez un pur financier quelque chose de sinistre, de nécrosé, d’impropre à la vie : les financiers jalousent ceux qui ont des projets et qui les entreprennent, leur seul domaine étant celui de la restriction. La seule version utile d'un financier est d'être un investisseur aidant l'entrepreneur, c'est à dire autre chose que sa seule fonction.

Leur frustration atteint des niveaux schizophréniques, lorsque ce sont les mêmes personnes qui prônent l’austérité sous des prétextes de rigueur et de raison, et se livrent à des orgies délirantes et irresponsables sur les marchés boursiers. Ils font penser à ces tartuffes empreints de puritanisme moral se livrant en cachette à toutes les perversions possibles qu’ils ne peuvent contenir, faute de s’être assouvis de façon saine.

mercredi 15 juillet 2015

Pourquoi les théories du complot existent-elles ?




L’idée que le monde soit contrôlé par des forces cachées, que des oppressions occultes soient les « véritables » causes des faillites de notre société, en lieu et place d’oppressions et de manquements pourtant clairement visibles, n’est pas une idée neuve. Cependant, elle semble investie d’une très grande vigueur de nos jours.

Certains en rendent internet et les réseaux sociaux responsables. Ceux-ci font devenir réelles les aspirations de la démocratie directe, pour le meilleur et pour le pire. L’idée d’une sorte de vote en temps réel, instantané, de tous sur tous les sujets est une idée aussi dangereuse qu’elle est puissante. Elle a permis de mettre à bas des régimes dictatoriaux, de briser des lois du silence et des oppressions d’état en redonnant la parole à chacun et en démentant les mensonges officiels de certaines dictatures. Mais elle a aussi ouvert la porte à toutes les rumeurs, au règne de la calomnie et des sycophantes, à la démagogie et aux sources non vérifiées.

jeudi 2 juillet 2015

La dignité du hoplite



 


Le point de départ de cet article est une très intéressante analyse de Mathieu Slama sur l’incapacité de l’Europe à faire face au terrorisme islamiste :



Au-delà des conditions militaires et géo-stratégiques, des difficultés d’une réponse coordonnée, des problèmes posés par notre appareil judiciaire, Mathieu Slama voit un facteur préalable à tous ceux-ci pour expliquer notre faiblesse : la perte d’un sens du sacré, et corrélativement, notre incapacité à nous attacher de façon sincère et véritablement engagée à un sens quel qu’il soit. La vacuité du monde moderne devient le plus important désavantage face à nos adversaires. Cet affrontement du cynisme vide et du fanatisme est très bien décrit dans son article, ainsi que la défaite inéluctable qui nous attend si nous restons dans un tel état d’esprit :

vendredi 26 juin 2015

Petit précis de psychologie du dirigeant



Nous avons souvent tracé le portrait de deux types de dirigeants, deux portraits en contrepoint, deux façons de s’affirmer, l’une bonne, l’autre mauvaise.

La distinction semble simple en apparence. Le dirigeant intègre possède une vision de la communauté qu’il gouverne dépassant son intérêt personnel, jusqu’à savoir mettre ses propres préférences et sa propre subjectivité en retrait pour privilégier le bien commun. Il assumera également ses responsabilités dans tout ce qu’il entreprend : il sait qu’un dirigeant digne de ce nom ne se contente pas d’édicter des souhaits que d’autres réalisent, il sera avec ses hommes, au sein de sa communauté et sur son terrain, assumant seul l’échec de ce qu’il a commandité s’il se présente.

samedi 13 juin 2015

LE PARMENIDE DE L'ORQUE














Tout est langage. La matière même s’organise pour être l’instrument de la transmission d’information. Le vivant est l’organisation de la matière pour servir de porteur de l’information, tout comme le fluide sert de support à la propagation de l’onde. Jacques Monod, le hasard et la nécessité. Changer de regard, changer de vision : voir un monde d’ondes, d’informations, de processus, de langages, d’algorithmes. Non un monde matériel : la matière n’est que le support. Arts martiaux : ne voir dans l’homme plus qu’une onde en déplacement, non un paquet d’os, de chair et de sang. Ne pas voir non plus seulement des abstractions éthérées. L’information est incarnée. L’onde a besoin de son support matériel pour se propager. Seule l’onde est importante, mais elle est aussi ce qui traverse notre corps.