Année 2153. Luc
esquisse une moue sévère avant de rencontrer M. Augustin. Le jeune étudiant en
droit se sent un peu intimidé, face à la somme de connaissances et
d’accomplissements qu’il va bientôt rencontrer pour son cours du soir. Mais la
civilisation dont Luc est issu apprend à faire de la peur un enthousiasme. Il
pousse la porte de l’ancienne bibliothèque en ayant soif de connaissance et de
confrontation.
« Bonsoir Luc.
J’ai cru comprendre que tu souhaites t’entretenir avec moi de cette période
trouble dont j’ai déjà discuté avec ton condisciple Hector, l’historien. Mais
cette fois sur ta matière propre : le droit ! Décidemment, votre
génération a de curieuses fascinations, car l’époque qui t’intéresse a ceci de
particulier qu’elle était parvenue à pervertir toute valeur, au point de se
réclamer de celles-ci mais d’agir exactement à l’inverse. »
« Justement M.
Augustin, je veux comprendre comment une société parvient à ce degré
d’hypocrisie, qui fait sans doute hurler le simple citoyen, mais dont il ne
peut sortir, comme d’une camisole de l’esprit. Il est également
enrichissant de comprendre les raisons qui ont poussé des dirigeants à agir de
façon aussi pervertie, en plaçant en face de chaque valeur sa version dévoyée
qui en prend toutes les apparences mais instille l’inverse dans la société.
Indépendamment des jugements moraux que l’on peut porter sur une telle
entreprise, parvenir à ce que toute notion doive être prise à double sens en la
travestissant relève du tour de force ! »
« Oui, c’est la
raison pour laquelle je mets systématiquement des guillemets au mot
« dirigeants » pour désigner ceux de cette époque.
Très bien Luc,
commençons par le commencement : tu sais j’imagine, ce qu’est l’état de
droit ? »






